Témoignages

En prison parce qu’ils faisaient leur travail.

Plus de dix mois aujourd’hui que Pascal Fauret et Bruno Odos sont incarcérés dans la sinistre prison de Higuey, en république Dominicaine.
La raison ?

Ces deux pilotes de ligne, anciens pilotes de chasse de l’aéronavale au passé exemplaire, se sont posés à Punta Cana avec le Falcon jet que leur employeur leur avait demandé ce jour là de piloter jusque dans cette ile du nord des caraïbes .

Tous les jours, sur cet aérodrome international au trafic important (le premier de l’ile) des dizaines d’avions commerciaux de toutes tailles, depuis les petits bimoteurs de transport inter iles jusqu’aux plus gros Jumbo jets intercontinentaux, transportent des milliers de passagers, vacanciers ou hommes d’affaire, faisant ainsi la fortune des dizaines de sociétés de transport aérien qui exploitent ces appareils.

Air France, American Airlines, Ibéria et tant d’autres ont un vol journalier sur Punta Cana, Corsair, Excel, plusieurs vols par semaine pour ne citer que les plus connus.

Pascal et Bruno, pilotes employés dans une société d’avions d’affaire effectuant des vols à la demande, avaient ce jour là pour mission d’effectuer un vol commercial Punta Cana Saint Tropez (aérodrome de La Môle). Leur avion, un Dassault Falcon régulièrement utilisé par les hommes d’affaire français les plus réputés ( au nombre desquels le célèbre lunettier Alain Afflelou qui possède d’ailleurs une partie des avoirs de la société qui exploite cet avion en transport aérien ) n’ayant pas l’autonomie suffisante pour effectuer le voyage d’une seule traite devait faire une escale technique aux Açores pour y compléter le carburant.

Au moment du départ, alors qu’ils avaient effectué les formalités règlementaires et qu’ils s’apprêtaient à mettre en route leur avion après avoir embarqué les deux passagers qu’ils devaient transporter jusqu’à Saint T?opez, une intervention “musclée” et très fortement couverte médiatiquement des services de douane locaux a lieu.

L’avion et les bagages sont saisis, les passagers interpellés et placés en détention, de même que les deux pilotes.

Ce qu’on en sait aujourd’hui est l’objet d’un reportage local où des plans à l’improbable qualité se succèdent, glorifiant la qualité de l’intervention des douanniers, filmant à qui mieux mieux la quantité énorme d’emballages présentés comme des stupéfiants qui sont découverts dans les valises réputées appartenir à l’un des passagers, et décrivant la maîtrise avec laquelle les passagers et les pilotes sont interpellés, en même temps que le sont aussi des dizaines d’agents de l’aéroport (pour la plupart policiers ou agents de sûreté).

Le “flag” idéal !
Une promotion assurée pour le commandant de l’opération !

Aujourd’hui, dix mois après, je rends visite à Pascal et à Bruno dans leur prison.

Comme eux je suis pilote de ligne, je mets à profit le temps d’escale et de repos dont je dispose avant mon retour à Paris. Je ne les connais pas personnellement, cette histoire j’en ai vaguement entendu parler dans les médias Français, et j’étais jusqu’à il y a peu persuadé que leur mauvaise fortune était terminée depuis longtemps.

Mais un collègue pilote m’a récemment parlé d’eux lors d’un vol que nous avons fait ensemble ; il me révèle une toute petite partie de l’histoire, et notamment le plus extraordinaire…. Ça fait presque un an que nos deux collègues sont incarcérés à Higuey, dans l’indifférence la plus totale, le juge chargé de leur signifier les motifs de leur inculpation n’ayant tout simplement pas trouvé le temps (les motifs ?) pour le faire. D’ailleurs la justice a-t-elle seulement désigné un juge compétent pour ce faire ? ils n’en savent rien…..

J’ai donc très logiquement décidé de les rencontrer, supposant que cette démarche déjà faite par plusieurs autres pilotes avant moi, pouvait leur apporter un peu de soutien .

Je passe sur les formalités relativement simples qu’il a fallu remplir au préalable pour cette visite. En fait, ce qui isole Pascal et Bruno du reste du monde ce n’est pas la difficulté administrative pour les rencontrer, c’est l’éloignement !

Je découvre , en culpabilisant un peu, que si on les a oubliés, c’est juste parce qu’ils sont à huit mille kilomètres de chez nous !

Ça coûte à chaque fois une fortune à leurs proches pour leur offrir le réconfort d’une simple visite au parloir !

En même temps que leur liberté leur était si injustement volée (Ils n’ont jamais décidé de leur propre initiative de se rendre à Punta Cana, “on” les a juste désignés pour le faire dans le cadre de leur travail de pilote salariés) leurs richissimes employeurs les ont licenciés, leurs familles n’ont plus de ressource financières, leurs habitations en France sont hypothéquées….la descente aux enfers pour eux-mêmes et leurs proches.

La France ?

Ce magnifique pays où les droits de l’homme sont érigés en sacerdoce, au point que des hommes politiques de premier plan se glorifient de sacrifier les intérêts économiques Français pour protéger les droits des citoyens Russes, chinois ou autres.. (pas encore aux émirats, mais ça ne devrait sans doute pas tarder…….)

La France, donc, n’a même pas daigné, à ce jour, envoyer le moindre émissaire officiel en République Dominicaine pour que les droits les plus élémentaires de deux de ses ressortissants soient respectés !

Je pénètre donc dans la prison de Higuey, à moitié rassuré (c’est la première fois de ma vie que je rentre dans un tel établissement, “nous aussi !” me diront plus tard, non sans humour, les deux hommes que je m’apprête à rencontrer ) Je viens de laisser à la porte d’entrée le seul document en ma possession qui atteste que j’existe , mon passeport ! et je sais qu’il y a dix mois c’est la première chose que l’on a confisquée à Bruno et à Pascal….et depuis, apparemment, ils n’existent plus pour leur pays .

J’attends depuis quelques minutes, on les a prévenus de ma visite au haut parleur.

Enfin se dirigent vers mois deux hommes manifestement fatigués mais dont je remarque immédiatement la grande dignité.

Ces deux là ne se laisseront jamais aller.

“Tu sais, ils ont fait le porte avion !” m’avait dit ce collègue qui avait servi avec eux dans l’aéronavale. Je suis moi-même fils d’un ancien pilote de “la Royale” et j’avais immédiatement compris ce que recèlait cette boutade.

Passé un petit moment de méfiance bien compréhensible (plusieurs fois, depuis qu’ils sont détenus, ils ont eu la visite de personnages inconnus dont les motivations étaient sûrement moins simples que les miennes) Bruno m’emmène dans un coin aéré du parloir où se trouve une table basse. Pascal réunit trois chaises et ils m’invitent à m’asseoir avec eux tandis qu’ils interpellent Ricardo, un ancien détenu avec lequel ils avaient pu sympathiser, pour qu’il leur apporte trois gobelets de café. Ricardo fait presque partie des meubles à la prison d’Higuey ; Il monnaie auprès de certains détenus des petits services comme ces petits gobelets de café qui sont la marque pour Bruno et pour Pascal de leur qualité d’hôtes.

Ils sont quasiment les seuls, dans cet endroit où les locataires ne possèdent rien d’autre que les vêtements simples qu’ils ont sur le dos, à mettre ainsi un point d’honneur à recevoir dignement leurs visiteurs. Pour le libre privilégié que je suis, cette démarche est vraiment la marque indélébile de la force et de la grandeur de ces deux hommes que dix mois d’un isolement inhumain autant qu’injuste n’ont pas réussi à briser.

Ce parloir est original, très différent des incontournables face à face vitrés décrits dans les films où il y a des scènes de visites de prisonniers. Là, on est dans ce qui ressemble à une petite volière, murée sur une moitié de son contours et munie de barreaux sur l’autre. La vue donne sur la cour d’entrée de la prison, sur la porte en fer qui isole le monde libre du monde carcéral. Une porte permet d’accéder à la volière, également munie de barreaux. Elle est, selon la qualité ( la dangerosité ?) des détenus qui reçoivent une visite, fermée à clé, juste rabattue ou carrément ouverte ! Pendant les quelques deux heures de conversation avec Pascal et Bruno cette porte a été verrouillée et déverrouillée plusieurs fois ; parfois un gardien est présent avec un des autres détenus . Personne ne se mêle de la conversation des voisins.

“Vous avez appris la langue ?” leur demandai -je . “Oui, japprends l’allemand” me répond aussitôt Pascal . “Et pourquoi pas l’espagnol ?” “Je refuse d’apprendre la langue de mes ravisseurs !” Tout est dit . Mais je ne m’y trompe pas : derrière cet humour dont ils ne se départissent pas se cache la volonté qu’ont ces deux hommes d’utiliser toutes les ressources présentes en eux pour “tenir” . Car c’est bien là tout l’enjeu, pour eux.

Passé la stupéfaction des premiers jours où, bien que malmenés, ils n’avaient aucun doute sur le fait que ce cauchemar allait prendre fin très vite, dès que leur évidente mise hors de cause serait établie, il a bien fallu qu’ils réalisent que ce qui leur paraissait évident, justement, l’était beaucoup moins pour ceux qui les avaient arrêtés.

La république Dominicaine n’est quand même pas la Corée du Nord ; Je le disais, il y a tous les jours des milliers de vacanciers et d’hommes d’affaires Européens qui s’y rendent ou en repartent ; C’est une démocratie, certes jeune, mais qui présente toutes les apparences de celle de la France où de l’Espagne.

Oui mais dans ce cas elle est paralysée. La justice est très lente, les moyens sont bien moindres que chez nous, et Pascal et Bruno, qui côtoient malgré eux de véritables délinquants, ont pu se faire une idée de son (non) fonctionnement. Ici, à Higuey, il y a beaucoup de détenus qui n’ont, comme eux, même pas été mis en jugement ; ils sont en “préventive” depuis des mois, certains depuis des années, au bout d’un certain temps on ne se souvient même plus ce qui les a conduit là ! et on les relâche….ou pas.

Mais si pour des “locaux” qui ne sont quand même pas tous des enfants de coeur cette situation est peut-être supportable (ils ont régulièrement la visite de toute leur famille et de tous leurs amis, ils sont dans leur pays, ils parlent et comprennent la langue, ) pour Bruno et pour Pascal il en va tout autrement.

A l’intérieur même de la prison, qui est un univers extrêmement pénible et inconfortable, ils me l’ont confirmé pour que je ne reste pas sur l’idée que ça se résumait à boire un café en discutant avec des copains, ils sont isolés ; ils sont “Los Pilotos” un statut qui leur confère une relative tranquilité sociale, mais qui rend leur solitude et leur éloignement encore plus insupportable. Bruno me dit “tu comprends, ici la population est très jeune, y compris chez les gardiens ; Nous, on a cinquante ans, que veux tu que l’on ait de commun à partager avec des gamins de vingt ans dont le triste univers se résume à quelques rixes et au vol de voitures ? ”

OK, pour la république Dominicaine, la dureté et l’injustice de leur sort est peut être explicable, mais la France, alors que fait elle ?

Là on est confronté à quelque chose de beaucoup plus grave.

Depuis le début les proches de Bruno et de Pascal remuent ciel et terre sans relâche pour que l’on daigne, à minima, s’intéresser à leur sort.

Des politiciens ont été approchés, la corporation des pilotes de ligne a été sollicitée, un comité de soutien créé, constitué de beaucoup de gens ayant chacun des relations qui devraient permettre de révéler publiquement le caractère sordide de cette situation . Les anciens marins sont de la partie, il y a même des journalistes… Alors, quoi, qu’est ce qui se passe ?

Et bien Bruno me fait une description sans complaisance de la situation telle qu’il a eu, h?las, déjà trop de temps pour l’analyser.

L’INDIFFERENCE.

C”est le maître mot qui explique tout.
“Tu connais notre affaire depuis quand ?” me demande-t-il.
- “Depuis le début, je crois” -”Et tu étais persuadé qu’on était rentrés en France ?”
-”Euh…à vrai dire je n’en savais trop rien…”
-”Donc tu n’as jamais imaginé qu’on pouvait encore croupir ici depuis des mois ?” Malaise chez moi ; “en fait je…..”
-” En fait tu pensais que si on était encore là des mois après, c’est qu’on n’était pas tout à fait clairs…”
-”Oui, je crois qu’il y a un peu de ça….”
“Eh bien ne cherche pas plus loin, ta réaction est normale, seuls ceux qui nous connaissent vraiment ne se sont pas laissés envahir par ce sentiment, et du coup ça fait beaucoup moins de monde pour nous soutenir que ce que tu décris” (gêne encore plus forte, “regardage de pompes”…)
Pascal me sert un nouveau gobelet de café. “Tu vois, si l’évidence qu’on s’est fait piéger avait été révélée dès le départ, il est vraisemblable qu’on serait effectivement rentrés depuis longtemps. Tous les “puissants” que tu évoques (politiques, journalistes…) auraient clamé cette évidence, ils auraient brandi le droit Français et les conventions internationales et l’administration Dominicaine aurait même été soulagée de ne pas avoir à construire une procédure contre nous. Le problème est qu’ils n’ont rien de plus à nous reprocher aujourd’hui qu’il y a dix mois, mais maintenant, s’ils nous relâchent, ils passent pour des blaireaux !”

Et Bruno de rajouter : ” Et plus le temps passe, moins les gens qui nous auraient soutenus sans réserve au début ont envie de se “mouiller”. Afflelou est le patron de la société qui nous employait, il ne tient pas spécialement, aujourd’hui, à ce que son nom soit associé à une affaire de trafic de stupéfiants ; il a déjà perdu son coûteux avion, qui a d’ailleurs été planqué sur un petit terrain de l’île, en tant que prise de guerre des douanes Dominicaine. Tu penses bien que les relations d’un tel personnage pèsent plus lourd que les signatures de soutien d’un comité de copains ! On lui en veut pour ça.”

Je me risque à un “dans le cas de Florence Cassez, au Mexique, il y avait aussi un peu de cinoche lors de son arrestation, mais finalement la diplomatie Française affichée ouvertement a eu raison de toutes ces incohérences Mexicaines”

C’est Pascal qui me répond : “Oui, mais il y a une différence majeure: Elle, quoi qu’elle ait pu faire ou ne pas faire, elle a volontairement épousé un parrain réputé de la drogue . Nous, on n’a épousé personne ici, on n’a rien demandé, on faisait juste notre boulot de pilote.”

Imparable.

Les gardiens nous font signe que l’horaire des visites est dépassé ; il faut que je parte, maintenant.

J’ai une permission des autorités valable pour la journée. Je demande à Pascal et Bruno s’ils souhaitent que je revienne l’après-midi. Ils me répondent qu’ils aimeraient bien mais que deux visites dans la journée c’est rarement autorisé ; même leurs épouses, qui avaient dû se payer neuf heures d’avion pour les voir, avaient parfois dû y renoncer.
On se quitte à regret, dans l’incertitude de se revoir deux heures plus tard.
Finalement, le gardien me permet de revenir, et à 14 heures je me présente à nouveau à la porte.
Re volière, re café (sauf que pour moi il vient compléter un excellent repas partagé avec le taxi que j’avais ainsi motivé pour m’attendre deux heures de plus tandis que pour Bruno et Pascal il aide juste péniblement à faire passer l’invariable plat de fayots qui constitue leur seule nourriture depuis dix mois…)
Cette fois-ci on s’offre un peu de récréation ; on parle un peu de leur histoire, bien sûr, mais on parle surtout beaucoup d’avions. Je découvre que Bruno avait côtoyé quelques mois mon frère lors d’un détachement dans un escadron de l’armée de l’air tandis que Pascal se souvenait d’avoir croisé mon père qui rentrait d’un meeting aérien avec son Vampire (un ancien avion de chasse qu’il présentait volontiers en public).

On se trouve des amis communs, on se raconte des anecdotes d’aviateurs (on en est tous très friands). Pour un peu on en oublierait le lieu où l’on se trouve.
Je réalise que ces deux hommes dont j’ignorais jusqu’au visage quelques heures avant sont pour moi des camarades dont la compagnie est bien agréable . Si le hasard en avait décidé autrement, c’est peut-être moi qui aurais été jeté en prison parce qu’on aurait trouvé de la drogue dans les bagages d’un de mes passagers, et j’aurais alors tellement aimé qu’un Bruno ou un Pascal profitent de leur escale à Punta Cana pour me parler un peu d’avions….

Puis, parce qu’il est quasiment impossible de faire longtemps abstraction de cette situation insupportable qu’ils subissent au quotidien, ils me racontent quelques anecdotes.
Bien évidemment tous leurs effets ont été confisqués ; Pascal n’a aucun espoir de retrouver la jolie montre de marque que son épouse lui avait offerte peu de temps avant qu’il soit emprisonné. Bruno s’est vu signifier par sa banque que son compte avait été débité de plus de dix milles euros en achats par carte bancaire . Sauf que sa carte bleue était officiellement saisie par la justice Dominicaine avant les achats en question ! et comme il est dans l’impossibilité, pour cause d’emprisonnement, de remplir les formulaires qui permettraient au moins à une assurance de couvrir ces vols….et que sa banque ne peut même pas concevoir qu’une carte mise sous scellés puisse être utilisée frauduleusement….ce sera de sa poche . Il en sourit presque tellement c’est gros ! moi j’aurais envie de tordre le coup du premier homme de loi et du premier banquier que je trouverais sur ma route !

Je me risque : “ils ont planqué l’avion d’Afflelou, mais qu’ont-ils fait de la drogue , la principale pièce à conviction de l’affaire qui a permis aux douanes de mettre près de cinquante personnes sous les verrous ?” Pascal : “Entièrement détruite par le feu moins de deux jours plus tard….”
Enorme !

“Et vos passagers, vous avez des nouvelles ?”

Pascal encore :”au début ils étaient tous les deux dans la même prison que nous”
-”et ?”
-”et bien on s’est déjà retenus de les tuer !….” (rires de Bruno)
“oui, il nous a fallu un peu de sang froid !… maintenant l’un est parti et l’autre, celui qui avait les valises, est toujours ici. Il dit qu’il s’est fait piéger, que ce ne sont pas ses valises qu’on a montrées à la télé ”
-”Et qu’en pense – tu ?”
-”Je n’en sais rien, tout est possible. Tu sais, dans cette histoire, ce qu’on veut c’est juste sortir d’ici ; nous on n’avait pas d’affaires à gérer en république Dominicaine, si ces gars là n’avaient pas loué les services de notre compagnie, on n’aurait jamais foutu les pieds ici, alors c’est comme pour Cassez, ils sont peut être hors du coup, mais nous on a juste rien à voir là dedans ; deux semaines avant on ne savait pas qu’on nous enverrait à Punta Cana. Tu choisis l’endroit où tu vas poser ton Boeing, toi ?”
-”Oui, un vol par mois, mais il est dans une liste établie par la boite, et en plus un collègue plus ancien peut te le piquer au dernier moment….”
-”Eh bien nous on n’avait même pas ce choix.”

Fin de la démonstration.

Je leur demande ce que je peux faire concrètement pour les aider.
Ils me recommandent de m’associer au comité de soutien qui s’est constitué pour leur venir en aide. Ce comité coordonne les actions tentées en justice (avocats) et les demandes d’intervention auprès des acteurs ayant potentiellement un rôle à jouer (médias, politiques, diplomates….) . mais tout cela coûte extrêmement cher ; on n’est pas, comme aux Etats unis, dans un système où les avocats prennent une affaire parce qu’ils sont convaincus qu’ils vont “gagner” et investissent sur leurs propres fonds ce qu’ils estiment nécessaire et qui sera largement récupéré uniquement s’ils réussissent !

En France, on commence par payer des frais de toutes sortes, à faire d’énormes avances mais les défenseurs ne perdent rien de personnel ( à part un peu d’amour propre) si ils ne réussissent pas . Au contraire, une affaire qui “dure” dans le temps les assure d’une forme de rente….
“Et ça ne vous inquiète pas ?”
- Bruno : “De toutes façons, on n’a pas le choix. Et puis c’est pareil ici. Un véritable commerce s’est établi autour des revenus que peuvent générer les visites qui nous sont faites ; Le taxi qui t’a emmené s’est fait une véritable exclusivité d’aller chercher nos éventuels visiteurs à leur hôtel ; c’est vrai qu’il offre un service efficace, il est aimable et au moins les personnes n’ont pas à se casser la tête pour négocier un tarif et lui indiquer l’adresse. Mais tu vas voir que ce n’est pas donné !

De même, à l’intérieur de cette prison, nous sommes pratiquement les seuls dont les visiteurs alimentent généreusement nos comptes personnels (chaque prisonnier a un compte géré par l’économat de la prison, ce qui évite les échanges directs de monnaie) et tous les petits services internes que l’on peut s’offrir avec cet argent nous sont bien évidemment facturés au prix fort . “Los Pilotos” vont devoir dormir sous les ponts tant ils sont ruinés dans leur pays, mais ils alimentent grassement le petit commerce de l’établissement !”

Bruno me raconte aussi l’intervention officielle de ce Français, juste après leur arrestation, alors qu’ils n’avaient pas dormi depuis trois jours . “Il s’est présenté comme un représentant de l’ambassade de France mandaté pour nous assister et nous a posé tout un tas de questions. A la fin de l’entretien, il a dit n’avoir en fait aucun rapport avec l’ambassade, être policier, et nous a remerciés sèchement. On ne sait même pas si ce gars était vraiment policier. Il était surtout venu, à notre avis, mandaté par quelques puissants pour s’assurer que ces derniers (exploitants ou propriétaires de l’avion) n’avaient, eux, rien à craindre…”

“Celui là il vaut mieux qu’on ne le recroise pas un jour !” me dit Pascal.
Voilà, encore quelques histoires d’aviation et puis les gardiens nous invitent à nous séparer. L’heure officielle des visites est largement dépassée, je me demande si mon taxi m’a attendu. “Ne t’inquiète pas, il t’attend !” me dit Pascal avec un sourire convenu.
On se dit simplement au revoir, en espérant que notre prochaine rencontre ait lieu rapidement, mais surtout à l’extérieur de ce bâtiment sordide où ils n’ont rien à faire.
S’il est un endroit au monde où on ne devrait pas trouver ces deux hommes remarquables, c’est bien une prison.

Mon taxi est bien là.
En passant la porte de sortie j’ai un pincement au coeur ; je sais que ce soir je vais diner tranquillement à l’hôtel en compagnie du pilote avec qui j’effectue ce voyage tandis que Pascal et Bruno repartent dans leurs cellules spartiates et vont devoir avaler les flageolets trop salés qui constituent leur unique menu. Eux aussi, d’une certaine manière, sont logés dans un établissement “all inclusive”.
J’espère que demain on ne trouvera pas de la drogue dans mon avion avant mon départ….

Jean-Baptiste Berger.
commandant B747
Air France


En direct de la prison


Seul

Visite du 16 au 18 décembre. Isabelle et Nathalie FAURET

Nathalie attendait ces quelques jours avec impatience ! En même temps nous aurions tant aimé ne pas avoir à faire ce séjour si l’audience du 10 décembre avait eu lieu et avait permis à la RD de démontrer qu’elle savait (pouvait ?) rendre la justice…. Et bien non toujours pas visiblement !

Nous sommes allées voir notre frère, Pascal, et bien sûr aussi Bruno les 16, 17 et 18 décembre. A plusieurs reprises, les visiteurs ont pu témoigner de leur courage. On peut le répéter encore cette fois : après le découragement de ce nième report ubuesque et l’émotion de revoir leurs femmes la semaine dernière après 4 longs mois, leur force a repris un peu le dessus. Pascal était heureux de revoir ses 2 sœurs en même temps et passée la phase d’observation, Bruno s’est trouvé aussi en confiance.

Nous avons pu passer 3 fois plus de 2 heures (presque 3 le 1er jour) avec eux, sans difficulté, rapidement (merci Luis).

Les traits un peu creusés avec le temps, j’ai pu le constater par rapport à mon premier séjour en juillet, ils étaient cependant bien physiquement.

Nous avons ri de diverses anecdotes parce que Pascal est ainsi et parce qu’il faut que ces chaque fois 2 heures soient une échappatoire pour tous.

Mais ils ont bien sûr beaucoup parlé de l’affaire vue de leur point de vue, bien loin de la version officielle du film monté par la DNCD (et reprise en l’état par 7 à 8, l’AFP et autres), et comme ils étaient aux 1 ères loges, nous vous laissons le soin d imaginer l’écart. ..

Ils ont d’ailleurs prévu d’en faire le récit et chacun pourra en juger.

Bref, nous resterons dignes, comme eux et pour leur rendre hommage, mais il est très difficile de ne pas crier sa révolte.

Nous avons pu les mettre au courant de l’initiative de notre mère concernant l’envoi des cartes postales à l’ambassade de France en RD. Ils trouvent cette idée excellente car elle rendra lisible tous ceux qui se mobilisent pour leur cause.

Le dernier jour, 2 amis à eux (pilotes également), Jean Yves Carle et Jean Pierre Beatrix, nous ont rejoints.

Eux revenaient ensuite le jour suivant, nous espérons que cette dernière visite avant les “fêtes” se sera aussi bien passée. Pour nous égoïstement, c’était mieux car on a pu quitter notre frère et son ami Bruno, en sachant que le lendemain, ils auraient des amis encore quelques précieuses minutes, minutes volées au temps de leur enfer.

Alors nous sommes rentrées…

Merci encore mille fois à tous ceux qui ont fait ce qu’ils ont pu pour nous faciliter le voyage, JP, Philippe, les équipages des vols aller et retour.

Isabelle et Nathalie FAURET

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Visite  de Sabine et Nathalie le 10 Décembre 2013-12-12

Merci des facilités de voyage et de l’accueil chaleureux de l’équipage et des pilotes des 2 vols.

« Nous les avons  trouvés plus abattus que d’habitude : report de l’audience tant attendue et durcissement ces derniers temps des conditions de détention : l’arrivée dans leur bloc de nouveaux détenus bruyants et indisciplinés  supprime souvent la seule sortie quotidienne de 1 heure dans la petite cour (quand nous les avons vus, ils n’étaient pas sortis depuis 4 jours), le jardin qui apportait quelques légumes (radis, piments…) a été supprimé suite à des découvertes douteuses dans celui-ci…

Nous avons peu parlé de l’affaire : rien à dire sur une justice qui ne respecte pas ses lois, rien à dire sur une « république » où les gens au pouvoir décident de l’avenir selon leur bon vouloir, rien à dire non plus sur une France frileuse qui « ne peut pas s’ingérer dans les affaires judiciaires d’un état souverain » mais qui est moins frileuse pour faire appel à ses citoyens pour aller défendre ses idées dans des pays hostiles : dans la vie, on nous apprend à donner sans rien attendre en retour  mais on nous enseigne aussi le respect des autres !

On a parlé des enfants qui font leur petit train-train de vie mais qui trouvent le temps d’absence tellement long.

Alors pour remonter le moral, on a parlé de tous ces gens qui nous soutiennent : la famille, les amis (Figeac, Moulismes, Rodez, Lille, Abelcourt, Ste Croix…), les gens d’Autrans, de Méaudre, de Deva, Le Bouchet, la petite (ou plutôt grande) équipe qui organise les manifs, Estelle et Véro, Dominique et Régis, les élus des 2 communes qui participent, « super Phiphi » et son équipe de oufs (Nat, Claude, Eric, JC, Jean-Phi, JP…), les marins, les pilotes (Guillaume, Franck, Toutoune, Yann, Georges, Jean-Mi, Fred, Jérôme, Stephano, Letac …), le SNPL , la participation du CRPN,  les traductrices (Aida et Tania), et de tous ces gens qu’on ne connait pas et qui leur disent comme le pinpon des Pompiers « Tiens bon, Tiens bon… » et ça, ça leur fait chaud au cœur !

Et puis on s’est dit au revoir et on a versé nos larmes chacun de son côté pour ne pas casser le moral de l’autre. Je le sais! »

Nat  Odos

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VISITE du 23 Novembre

Frédéric Nottin et moi-même, amis de longue date de Bruno, avons pu nous rendre à Higüey samedi dernier.
Je ne ferai pas un réel compte-rendu puisque beaucoup de choses ont déjà été écrites et n’ont pas évoluées, notamment leurs conditions de détention. Cela nous a également permis de faire connaissance avec Pascal, son sympathique compagnon d’infortune.
Je tiens la “plume” pour l’occasion mais ces quelques lignes sont l’expression de notre ressenti commun.
En premier lieu, notre visite s’est déroulée dans des conditions optimales.
- Vols, quasi complets, facilités par l’aide et l’accueil chaleureux des équipages AF (Fred étant sur 777 et moi-même sur 320, nous étions passagers sur le 747 qui fait Punta Cana en hiver).
- accès à la prison facilité par l’incontournable Luis. D’aucuns pourront lui reprocher d’avoir trouver un commerce juteux, néanmoins, il est d’une gentillesse et d’une disponibilité remarquables. Son aide est indispensable. Même s’il ne parle pas un mot d’anglais et nous, seulement quelques mots d’espagnol, nous avons réussi à nous comprendre.
- peu de visiteurs ce samedi (à priori jour des visites “spéciales”) donc pas trop de bruit dans la salle.
Personnel de la prison plutôt agréable (peut-être l’effet de l’habitude des visites aux pilotes français) et pas d’attente interminable.
Nous avons pu voir Pascal et Bruno approximativement 1h30 le matin et 2h l’après-midi. Les temps de visite sont conditionnés par le temps d’accès à la salle de visite, le temps qu’ils mettent à vous rejoindre et l’heure à laquelle les gardiens ont décidé d’arrêter…
Physiquement, ils se portent bien. Nous avons été agréablement surpris de les voir arriver propres et alertes, en jean, t-shirt et tongs. Presque des touristes…(excusez cette pointe d’humour qui ne fait qu’adoucir la réalité. Ce n’est que leur rendre hommage car eux ne perdent ni leur esprit vif, ni leur sens de l’humour).
Installés sur des chaises (un luxe puisqu’ils n’ont rien pour s’assoir dans les cellules), en dégustant un café (toujours aussi sucré), ces quelques heures leur ont permis de libérer un peu de leur colère, leur désarroi, leurs inquiétudes et nous de constater d’avantage toutes les incohérences du dossier. Evidemment, tous leurs espoirs reposent sur l’audience du 10.

Je voudrai maintenant faire part de sentiments plus personnels que nous avons partagés avec Fred.

Primo, leur joie de recevoir de la visite. C’est quasiment un de leurs seuls moments de bonheur.
Nous avons été émus de les voir arriver avec quelques bouteilles d’eau fraîche, du café dans une autre et de petits gobelets pour accueillir leurs visiteurs du mieux qu’ils peuvent.

Secundo, nous n’avons pas eu une impression “glauque”. Nous avions peur, malgré les témoignages précédents, de nous retrouver dans “Midnight express”. Soyons clair, il ne s’agit pas de minimiser la situation mais de répondre à une question qui revient souvent lorsque j’expose leur cas. Au quotidien, outre évidemment la privation de liberté, le plus dur pour eux est de devoir supporter le bruit et la promiscuité. L’intimité n’est pas un droit mais une quête permanente.

Tertio, leur colère et leur frustration de n’avoir pu se défendre depuis 8 mois est très palpable. D’où leur besoin de parler et de raconter les faits quand ils en ont l’occasion.

Quarto, ils sont sûrs de notre soutien infaillible et ne trouvent même plus les mots pour exprimer leur reconnaissance. De nombreuses fois, ils nous ont demandé de transmettre leur gratitude.

Je terminerai par une image forte qui, avec Fred, nous a étreints à la même seconde.
Après une journée chaude et ensoleillée, somme toute agréable, à discuter entre copains, l’heure de la séparation est arrivée.
Embrassades, poignées de mains, remerciements, nous sortons de la salle de visite et nous nous retournons pour un dernier salut. Pour la première fois, nous voyons Bruno et Pascal derrière des barreaux. La froide réalité de leur situation se rappelle à nous. Leurs signes de mains et leurs regards en disent long. Ils retournent vers leur quotidien et nous vers la liberté. Sans commentaire…

Frédéric NOTTIN et Jean-Michel SIRAC

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Visite du 03 et 04 Septembre ,

Nous arrivons devant la prison “d’higuey” avec ses murs jaunes, écrasée sous le soleil.
L’accès s’effectue sans difficulté majeure, un contrôle d’identité et nous laissons au premier sas les livres et serviettes à leur intention.
Un deuxième contrôle à l’intérieur, puis l’attente de nos deux amis commence.
De leur côté l’accès a la salle de visite demande encore plus de patience et de diplomatie, ils ont trois sas à franchir après avoir entendu leur noms au haut-parleur.

Une demi heure s’écoule et ils arrivent.
L’un rasé de prêt, l’autre avec une barbe de quelques jours, mais tous les deux heureux de pouvoir passer deux heures au calme, avec nous, dans un espace plus grand et ouvert sur une cour intérieure.
Leur début de semaine à été difficile : transfert dans une autre prison entassés dans un bus avec d’autres prisonniers puis enfermés dans une cellule avec le sol comme “lit”.
Ils ont assisté à une audience le lendemain de ce transfert, avant de regagner leur prison “d’higuey.”
Ceux sont des moments difficiles pour eux car ils ne comprennent pas tout ce qui se dit lors de ces audiences à cause de la barrière de la langue.
Il y a bien un traducteur, mais il n’est manifestement pas toujours très clair !

Il faut bien comprendre que de leur côté, le ressenti de la situation qu’ils vivent est très fort.
Leur moral évolue sur des montagnes russes, lié aux événements quotidiens.
Du coup les visites qu’ils reçoivent leur mettent un peu de baume au coeur et leur permettent d’entendre et de partager le soutien de vous tous.

” Ah ! Voilà le café, boisson traditionnelle durant la visite, du sucre avec du sucre et un doigt de café. C’est très sympathique et les tarifs pratiqués beaucoup moins chers qu’à Saint-Tropez, où, faut il le rappeler, le café est à 5 euros !
Il est vrai que le standing de leur Guest House est légèrement différent de la côté d’azur.”

Ces visites sont surtout des moments où ils peuvent s’exprimer, avoir un échange, une écoute, ce qui n’est pas possible dans leur cellule, leur codétenu ne parlant pas français.
Nous avons bien sûr partagé des anecdotes croustillantes de l’aéronavale, ce qui a occasionné de beaux moments de rire.
Nous sommes heureux d’avoir passé deux fois deux heures avec eux,
d’avoir changé leur quotidien, d’avoir pu leur rappeler que nous sommes de plus en plus nombreux à les soutenir, et d’avoir pu leur amener un peu de réconfort et de paix dans cette épreuve qu’ils traversent.

Ils vous remercient tous pour votre soutien.

Les visiteurs d’un jour.
Franck et Georges

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Visite des 26 et 27 Juillet. Christine Sœur de Bruno.

Tout d’abord , un grand merci à tout l’équipage qui m’a permis de réaliser mon PREMIER voyage en avion outre Atlantique pour rendre visite à mon frère et son ami Pascal au bout du monde.
Vendredi matin, nous avons rendez-vous avec Mr Luis Suaso .Il arrivera à 8h 30.
Mon espagnol scolaire se mêle à l’italien et l’anglais dans ma tête et Luis ne capte rien de ce que j’essaie de lui dire …. Ca commence fort !
Nous faisons route pour HIGUEY, et mon nouvel Ami Luis s’arrête en route pour m’aider à acheter les précieuses Cartes téléphoniques. L’émotion me fait perdre la notion de la valeur des euros, pesos , Dollars….
Nous arriverons enfin pile à l’heure de la visite autorisée. 9H30. Je présente à la porte mon passeport et l’autorisation de l’ambassade pour mes 2 jours de visites.
Le regard soupçonneux ,le gardien demande à Luis « porque 2 dias , ?»(pourquoi 2 jours ?) en fait tout est suspect là-bas. Et ce que qui ne l’est pas le devient comme mon autorisation officielle et mon passeport tout neuf… « Porque dos dias ? »« espera ! » »(attendez)
Finalement Luis explique et nous passons la première porte d’accès à la cour principale.
Passé le « benvido », Nous voici à la « recepcion » où « l’hôtesse d’accueil » ne ressemble à aucune autre. Elle me déshabille du regard, et après avoir envoyé à l’inspection du Directeur mon autorisation me lance un « Espera »……
Le bras posé sur le sac rempli de journaux recueillis par nos pilotes , de magasines et des lettres que j’avais apportés, elle m’aboie un : « camisa » !!!! Mes manches de chemises sont trop courtes !
Interdiction d’entrer, Luis tente de négocier…., en vain.
Camisa » !!!!! Nous voici de retour au soleil Dominicain avec mes journaux, et mon sac (unique bagage qui ne me quittera pas pendant ces 2 jours)à la quête d’un tee shirt à manches longues .
Luis de teint mat, a un peu pâli…..Il téléphone à Corina son épouse. Elle nous rejoindra dans une rue d’higuey et m’apporte2 ou 3 tuniques, dont une seule n’est pas bleue ni verte .
Nous revoici à la porte , re-questions , re contrôle…… Enfin ma « copine » , épluche chaque page , chaque revue…. inspecte les lettres…..ouvre l’éventail que j’avais glissé dans le sac, ça la fait sourire….Enfin l’appel micro est autorisé : « pascal faÛrett y BrÛno Odosssss…. !!!!! »d’une voix nasillarde résonne dans tous les murs de la prison .
Nous sommes invités à rejoindre le « patio »et « esperar »…Luis et moi sommes silencieux….les murs sont décorés comme l’ont dit les précédents visiteurs de dessins enfantins.On se croirait dans une cour de maternelle. Nous n’y sommes pas.
BRUNO apparait, mais seul. Je m’inquiète pour Pascal.
Mon frère me dit qu’il téléphone à Sabine, je ne le verrai pas ce jour
Bruno m’embrasse comme si on s’était vu hier. Il est souriant, fraichement rasé, et coiffé. Un t-shirt vert et jean Bleu règlementaire ,ses tongs aux pieds.
Je le trouve amaigri, les yeux creusés mais finalement assez bonne mine : sans doute le bonheur de me voir porteuse de l’affection de tous .
Nous nous installons tous les deux face à face , pour une heure d’échanges. Il évoque leur arrestation , enfermés les premiers jours dans un cachot sans aucune explication, traduction : dans une « fosse sceptique » .Une quarantaine de personnes dans le noir avec une bouteille d’eau de temps en temps et des gamelles de riz, pour toute nourriture ! Ils se serviront des barquettes en polystyrène pour s’en faire des matelas et tenter de « dormir ».
Une pause…. Il me demande des nouvelles de mon travail, de Notre frère ……j’essaie de parler de là bas enfin d’ici……Mais c’est trop dur.
Il me ré- explique l’affaire depuis le début vu de l’intérieur….complexe.
Les conditions de détention moins brillantes depuis la dernière visite : ils sont en quartier Haute sécurité depuis une « rébellion »récente. HS Cela veut dire sans sortie, sauf visites !
Il me décrit à nouveau leur cellule : 10 M2 pour 4 détenus et pas assez de hauteur pour s’asseoir ,pour lire ou écrire, et un trou au fond de la pièce pour les besoins.
Une balade par jour dans le « cube de béton », mais au moins on voit le jour !.
MIDI………………………..Je reviens demain.
Samedi.
Ils ont rajouté un gardien devant la grande porte de la prison, les visites sont plus nombreuses. On note le nom des visiteurs sur un cahier, mais on ne rentre pas forcément dans l’ordre d’arrivée !
« Porque 2 dias ? »!!!!! Nouvelles suspicions, l’entrée est encore plus tardive.
Merci mon ami Luis interprète…. Nous entrons.
Là Pascal et Bruno apparaitront relativement vite, avec des dizaines d’autres hommes en vert et en bleu.
Leur visage est pale, ces nouvelles conditions de visite semblent les éprouver.
J’embrasse Pascal que je trouve fatigué malgré les sourires et les mots drôles….le fond de nos pensées flotte sur l’inquiétude et l’usure.
Nos visites leur font du bien , mais les séparations restent douloureuses .J’insiste pour essayer de leur dire combien nous sommes nombreux et solidaires. Mais ma gorge se serre à la vue de leurs regards emprunts de désespoir.
IL n’est pas supportable de laisser ces hommes, fierté de la NATION, de l’ARMEE FRANCAISE, et de leurs FAMILLES, croupir dans ce bout du monde.

Ils m’expliquent que le Mercredi et le Dimanche sont les plus terribles car jours de visites familiales.
Ils n’ont donc pas de sortie et passent la journée à supporter les appels au micro, les cris,les bruits amplifiés des visiteurs et des prisonniers. »si on s’en sort on sera sourd… » me dit Pascal.
Bruno espère que le nouveau JUGE chargé de l’affaire va enfin les libérer de cet ENFER.
le plus dur pour eux c’est de n’avoir AUCUNE certitude,.L’absurdité de leur détention autant que son injustice sont le venin qui les ronge jour après jour. Ils s’inquiètent pour leur femme, leurs enfants, « ils n’ont pas mérité ça…… »….
Nous buvons un café brûlant sucré, servi par « mutchatcho »Ricardo, leur codétenu commis aux courses. Ma gorge est serrée…..Bruno enchaîne.
Nous parlons et reparlons de l’organisation, du quotidien : le poulet rôti: luxe rare , des radis du jardin de la prison, peut être demain .Nos conversations reviennent rapidement à l’actualité , cette possibilité de NON LIEU est devenue le seul espoir pour eux. En même temps ils n’osent pas y croire.

Depuis hier Pascal a été déplacé dans une cellule avec 5autrres détenus Dominicains. Bruno aussi avec 4 autres étrangers et le passager client. Les voici de nouveau séparés. Encore une épreuve.
Mais comme le dit Pascal avec humour : on a du mal à se plaindre du service ! »
Je veux leur dire combien nous sommes tous avec eux, mais nos yeux en disent plus.
Ils sont démotivés pour ne pas dire déprimés.
En attendant ils m’ont dit clairement : SANS VOUS , nous serions MORTS
Il est déjà l’heure ! ON vient nous intimer de sortir. !
Pascal m’embrasse et s’éloigne discrètement vers les grilles avec vue sur la sortie….
Surtout ne pas craquer, Mais mes yeux débordent…. Pardon.
Bruno me serre fort et me dit « Te bile pas trop » et surtout fouille ton sac avant de partir !!

Notre séparation est déchirante et je me traine jusqu’à la porte en regardant leurs silhouettes vertes derrière les barreaux.
Une fois dehors, Surprise : le taxi n’est pas là!!!et mon sac , mon portable , mon billet de retour avec lui.
Un grand moment de solitude jusqu’à ce qu’il réapparaisse, comme prévu à midi.
Les gardiens nous avaient chassés un quart d’heure plus tôt. »porque no ? »

Je formule le souhait que le prochain compte rendu sera bref et clair pour annoncer leur retour !

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Visite à Pascal et Bruno des 19 et 20 JUILLET 2013.

Bonjour à toutes et à tous,

Nous avons vu Pascal et Bruno vendredi et samedi dernier, deux heures de visite à chaque fois. L’accès à la prison est aisé grâce à LUIS, le chauffeur, qui facilite beaucoup les dialogues et démarches d’accès à l’intérieur de la prison.

Notre plaisir à les voir, à les toucher, à les embrasser fut immense.

La salle de visite (à barreaux) est grande, nous étions seuls avec eux le premier jour, et avec d’autres, familles et prisonniers, le deuxième.

Les conditions de détention sont toujours aussi dures, même si leur espace de vie s’est agrandi. En effet, ils ne sont plus que trois dans leur cellule depuis quelques jours, alors qu’ils étaient cinq jusque là.
Seule la nuit leur réserve une relative tranquillité, leur épargnant le bruit et la chaleur moite du jour.

Les visites sont des moments importants pour eux. Elles permettent de conserver un lien vivant vers l’extérieur, de nourrir des échanges et des dialogues avec des proches, et aussi la sortie de leur cellule dans laquelle ils vivent en quasi permanence (le quartier de haute sécurité est avare de promenades).

Durant nos échanges l’émotion fut souvent présente, toujours avec une grande pudeur de leur part. Les rires ont éclaté aussi, car ils sont capables de tourner en autodérision ce cauchemar qu’ils subissent .

Nous avons partagé des moments d’écoute tout simplement où l’on ressent fortement la douleur et la tristesse, mais aussi leur extrême détermination à prouver leur innocence, car ils se demandent toujours ce qu’ils font là-bas.

Les lettres, les livres, les nouvelles, le soutien, tout ce qu’ils reçoivent à chaque visite leur est d’un grand réconfort. Nous avons le sentiment d’avoir contribué à mettre un peu de lumière dans leur esprit, et à déposer un peu de chaleur dans leur cœur.

Même s’ils connaissent le soutien de nombre d’entre nous, il leur est parfois difficile de le percevoir dans leur quotidien.

Aussi, il ne le sera jamais assez dit, la présence de toutes les énergies, de tous les soutiens, de toutes les volontés est primordiale.

Ils vous remercient toutes et tous.

Franck et Georges

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Visite à Pascal et Bruno des 09, 10 et 11 JUILLET 2013.

Isabelle FAURET, soeur de Pascal et JP GACHON, pilote AIR FRANCE et ami .

” Que dire de plus que le compte rendu des visiteurs précédents?

Nous aussi nous les avons vu 4H30 sur ces 3 jours. C’est énorme, pour eux, pour nous, ça fait du bien, ça fait mal mais c’est un combat de barrages à passer, d’objets déposés: acceptés, refusés , détournés.. que l’on ne regrette à aucun moment d’avoir mener pour eux, pour nous, pour les familles, les amis, pour déjouer leur privation de liberté, partager ce temps qui n’est plus le nôtre comme dit Pascal dans sa lettre de fin juin.

Ils vont bien physiquement pour l’instant, c’est vrai. Ils arrivent souriants et même leurs barbes de 2 jours leur vont bien. Les Tee- shirts verts sont propres et ils ne sentent pas le “sale blanc” comme on le leur a dit un jour. Le moral quant à lui, c’est moins ça. Ils n’ont plus confiance, ils sont inquiets de leur sort, de l’après, pour eux pour leurs familles, mais ils restent dignes et forts, alors on l’est avec eux sans artifice, sans effort.

Les minutes sont faites de moments sérieux où ils racontent les évènements de leurs arrestations pour exorciser, témoigner,entremelés de moments de détente, de plaisanteries. par 2 fois nous rions aux éclats aux mauvaises blagues de Pascal….

Quand nous les quittons la seule impression que l’on peut échanger est de dire que c’est surréaliste.

Nous retournons ainsi 3 jours de suite dans cet univers parallèle, hors de notre temps, hors des valeurs qui  sont celles de ces 2 hommes intègres, anciens militaires médaillés de la France.

Coincidence du calendrier, il y a quelques années l’un d’eux volait en escadrille au dessus de l’arc de  triomphe pour un défilé du 14 Juillet; Aujourd’hui à la veille d’un nouveau défilé ils croupissent tous les 2 dans une prison, accusés d’être des narco trafiquants internationaux.

Nous rentrons fiers d’avoir réussi à surmonter tous les obstacles mais avec un goût amer dans la bouche qui renforce notre détermination à ne pas baisser les bras pour leur redonner leur dignité bafouée.”

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Compte-rendu des visites des 5 et 6 juillet 2013 à la prison d’Higüey.

  • Nathalie Odos, épouse de Bruno Odos
  •  Sabine Fauret, épouse de Pascal Fauret
  • Guillaume Zucca, ami de Bruno et de Pascal
  • Yann Petiot, ami de Bruno et de Pascal
  • Grégory Nivault, beau-frère de Pascal

Nous sommes partis le 4 juillet de Paris à destination de Punta Cana, en République Dominicaine. Après un voyage aérien de plus de 8 heures, nous arrivons sur le tarmac de l’aéroport de Punta Cana. A travers le hublot on croit apercevoir près des hangars le Falcon 50, mais nous apprendrons qu’il s’agit d’un autre appareil. Nous prenons la navette pour l’hôtel. Le voyage est de courte durée et nous arrivons dans notre lieu d’hébergement pour les deux prochaines nuits. La soirée est courte, le décalage horaire nous rattrapant vite.

Le vendredi 5 juillet à 8h00 du matin, nous sommes tous prêts à partir dans le hall de l’hôtel. Nous avons juste eu le temps d’imprimer à la réception la dernière autorisation de visite pour les 2 journées. Pour Guillaume, Yann et Grégory nous avons aussi pris soin de porter des t-shirts de la bonne couleur (le vert et le bleu sont réservés aux détenus). Notre chauffeur arrive avec un petit van qui doit nous transporter à la prison d’Higüey. Luis est un personnage souriant et déjà bien au courant de la situation de Bruno et de Pascal, puisqu’il a conduit quasiment tous les visiteurs à la prison depuis le début de l’affaire. Nous partons pour à peu près 45 minutes de route dans une République Dominicaine beaucoup moins touristique, nous traversons les villes de Veron, Otra Banda pour finalement arriver aux abords d’Higüey. Nous nous sommes arrêtés en chemin pour acheter des cartes téléphoniques dont ont besoin Pascal et Bruno. Ces cartes de 50 pesos (1€) sont très importantes car elles permettent de téléphoner moins d’une minute vers la France et de se faire rappeler. Tous les moyens de garder le contact comptent. De plus nous apprendrons que c’est une monnaie d’échange à l’intérieur de la prison  contre de petits services.

Un peu avant d’arriver dans la ville même d’Higüey nous bifurquons pour emprunter la route menant à la prison. Finalement les miradors et les hauts-murs apparaissent. Les cœurs se serrent à l’idée de savoir Pascal et Bruno enfermés dans ce lieu. Le van s’arrête devant la grande porte métallique marquant l’entrée du centre pénitencier. Nous remettons au chauffeur tout ce qui ne peut pas rentrer : montres, lunettes de soleil, etc… Nous apportons avec nous les sacs de livres, des journaux, les lettres des amis, des enfants, des autres membres de la famille. Et aussi un backgammon et un scrabble de petit format. Nous allons à la porte d’entrée, suivant Luis qui connait bien la procédure. C’est finalement un jeune gardien qui ouvre la trappe, le visage fermé. Nous lui remettons le document de l’ambassade qui justifie notre visite un jour en dehors du samedi. Le papier disparait de l’autre côté de la porte qui se referme. Nous attendons patiemment mais avec un peu d’anxiété pour certains d’entre nous. Finalement on nous autorise à rentrer et nous traversons la cour qui semble bien vide. Après quelques dizaines de mètres nous arrivons devant le bâtiment de la prison. Un incongru « Bienvenidos » (Bienvenue) surmonte l’entrée. Nous passons sur notre droite une salle d’une grande taille cernée de barreaux. Sur les murs des dessins de personnages de Walt Disney et autres Spider-Man ; c’est la salle de visite des familles. Elle est complètement vide. Nous continuons le long du couloir qui débouche sur la salle d’accueil. Derrière le comptoir sur le mur se trouve un gigantesque dessin de la basilique d’Higüey. Nous remplissons rapidement un registre. La surprise est grande de voir aussitôt arriver Pascal et Bruno d’un étroit couloir sur notre droite.

Les visages s’éclairent, Nathalie et Sabine retrouvent leurs maris même pour un bref instant. On embrasse nos deux amis – et l’idée forte que chacune et chacun d’entre nous se pose depuis des mois maintenant rejaillit à cet instant : « ils n’ont rien à faire ici ». Physiquement les cheveux ont repoussé, ils ont une barbe de 2 ou 3 jours et ne semblent pas avoir perdu de poids. Les gardiens nous orientent vers la salle de visite des familles où nous installons en cercle quelques chaises. Il y a bien sur déjà beaucoup d’échanges de paroles mais c’est les regards qui en disent le plus sur la joie que ressentent nos deux amis. On s’assoit dans ce lieu étrange où se côtoient les jeux pour enfants et les barreaux. Yann, Grégory et Guillaume s’éloignent un peu pour leur laisser un temps de retrouvailles avec leurs épouses. Mais très rapidement Pascal nous demande comment on va, comment s’est passé le voyage. Les discussions débutent, on ne sait pas trop par où commencer. On ose jamais vraiment poser la question « comment ça va » tellement on se doute de la réponse. On parle un peu de l’affaire bien sûr mais surtout des conditions de détention. La promiscuité est infernale (à 5 dans une cellule de 12m2), le sujet des bruits incessants, du minimum de liberté hors la cellule qui leur est accordé (une heure par jour quand il ne pleut pas et quand les gardiens sont d’accord), une « douche » composée d’un tuyau qui fonctionne parfois en rejetant de l’eau froide. Et cette phrase terrible de Pascal : « je me sens tout le temps sale », l’humidité et la chaleur ambiante n’étant pas faciles à vivre. On parle de la France, des enfants, on rigole même, Pascal et Bruno étant toujours les mêmes ! Mais ils nous expliquent que c’est souvent très dur, surtout moralement, avec des à-coups liés aux espoirs d’une libération qui ne vient pas. Nous avons vu des regards de Pascal qu’on ne lui connaissait pas. Il y avait du désespoir, des yeux plongés dans le vide. On reste près de 2 heures en leur compagnie puis le moment de la fin de visite arrive. Entretemps nous sommes allés recharger leurs comptes, qui leur permettent d’améliorer l’ordinaire et d’acheter de la nourriture en dehors la cuisine collective de la prison  – cela laisse encore un petit moment d’intimité à Sabine et Nathalie avec Pascal et Bruno. On essaye de négocier pour que les gardiens acceptent de leur donner les jeux de société mais cela sera finalement refusé : il faut éviter les paris d’argent selon eux.

Une anecdote qu’ils nous raconteront et qui peut donner une idée de ce qui compte pour eux : grâce à l’argent que l’on met sur leurs comptes ils ont pu manger un poulet rôti excellent qui leur a coûté une fortune (le détenu qui leur a proposé, les a regardé en souriant et en leur tapant sur l’épaule en leur disant « dinero » = « argent ») mais qui a l’air d’avoir procuré une grande satisfaction morale.

On s’en va sachant que nous revenons le lendemain. Ca n’empêche pas d’avoir le cœur lourd quand on les voit retourner vers leur cellule et on imagine à peine ce qu’ils peuvent ressentir.

Samedi 6 juillet : nous avons refait le trajet jusqu’à la prison. Le tableau a changé à l’arrivée, devant la grande porte métallique les familles font la queue pour rendre visite aux détenus. La sécurité est plus grande, nous sommes légèrement fouillés et cette fois les visiteurs masculins bénéficient d’un tampon sur le bras. Nous accédons à la prison qui est maintenant devenue familière. Cette fois plusieurs détenus – principalement des militaires et des policiers arrêtés pour corruption – sont là entourés par leurs familles et amis. Il y a finalement très peu d’enfants. Là aussi Pascal et Bruno arrivent assez vite. On recrée notre petit pool de chaises et on échange quelques bouteilles de Coca-Cola et du café (avec 7 gobelets pour tous les 7…). Ils nous racontent l’anecdote du petit déjeuner : un service au pas de charge dans une grande salle où est servie une bouillie de céréales. Ils ont essayé une fois et préfèrent dorénavant éviter en se contentant de café froid le matin.

Le moral semble meilleur que la veille, on apprend sur la vie de la prison, les interactions entre les différents détenus. Pascal et Bruno ont fait preuve d’une capacité d’adaptation exceptionnelle dans un environnement où ils ne parlent pas la langue ni ne connaissaient les codes. La discussion vient sur un autre sujet : le temps. Encore une autre phrase de Pascal qui nous a marqué : « ici le temps est plus long ». Tous les artifices sont bons pour le faire passer plus vite : aller à la bibliothèque, prendre rendez-vous avec l’assistante sociale. Toutes ces choses qui peuvent nous sembler insignifiantes constituent souvent pour Pascal et Bruno l’évènement de la journée. Et puis il y a un très fort besoin de leur part de savoir ce qui se passe, notamment autour de l’affaire et du procès. Nous avons fortement insisté sur le formidable élan de solidarité et la mobilisation autour de l’association, de la pétition, des messages de solidarité des familles, des amis, des confrères pilotes et aussi des gens que nous ne connaissions pas. On a bien vu que ça les réconforte au plus haut point de savoir qu’ils ne sont pas oubliés. Comme ils nous ont dit : « l’information qu’on a pas, on se l’invente ». A vivre enfermés dans leur cellule toute la journée, les idées de ressassent et ce sont manifestement les idées noires qui gagnent.

La visite du second jour, même si elle a duré 2 heures a semblé très courte. Les gardiens sonnent la fin des visites, les familles repartent. Bruno et Pascal sont les derniers. Cette fois-ci c’est eux qui nous laissent partir. Ils sont derrière les barreaux de la salle de visite et nous regardent traverser la cour jusqu’au dernier moment. Parmi les derniers mots,  cette question de leur part : à quelle heure décolle notre avion pour qu’ils puissent essayer de le voir ou de l’entendre ?

Ni l’atmosphère de retrouvailles de ces deux jours et les bons moments passés ni la force de caractère exceptionnelle dont ont fait preuve Bruno et Pascal ne doivent occulter la situation réelle : ils sont en danger physique et moral, leur libération doit dorénavant intervenir au plus tôt. Entretemps il y a quelques actions fondamentales à mener : les visites sont très importantes et leur font le plus grand bien, continuons à parler autour de nous de cette situation aberrante et d’une injustice totale. Pensez à leur écrire des lettres personnelles aussi, cela leur procure un immense bonheur. La mobilisation de chacun et chacune est toujours ce qui permettra à Bruno et Pascal de revenir parmi nous.

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Quelques nouvelles de nos amis…

Nous avons pu rendre visite à Pascal et Bruno 2 jours de suite.

Émotion lorsqu’ils apparaissent, en jean et t-shirt bleu – c’est la règle. Ils semblent arriver de nulle part mais nous sourient quand même. Embrassades, puis ils nous conduisent dans une salle grande et claire. Un monde fou, c’est le jour de la visite des familles. Tout le monde essaye de parler plus fort que les enfants qui crient. On s’assoit en cercle, et ils nous racontent. Chaque jour est le même que le précédent. Et demain sera identique. Aucune perspective, aucune visibilité. Tout est difficile et compliqué. Si on ne paye pas, on mange toujours la même chose. Une heure de sortie par jour, dans un espace grand comme un demi terrain de basket. De temps en temps, ils font des petits signes amicaux à d’autres détenus.

Celui-ci a tué quelqu’un, cet autre a coupé les doigts d’un ami à la machette. Ils se disent bien sûr tous innocents! Pascal nous raconte cet autre monde avec le recul et la dérision qu’on lui  atoujours connus. Nous rions ensemble. Parfois les instants sont plus graves, et les yeux s’embuent. Un détenu nous apporte du café. Les gobelets en plastique seront réutilisés; tout est précieux ici… Ils nous racontent encore. La nuit, des codétenus poussent des cris d’animaux pour passer le temps… La plupart ont 14 ans d’age mental. Bruno résume froidement : il n’y a rien à faire, rien à apprendre ici. Pour l’hygiène, jamais d’intimité : wc sans porte, douche commune. Pas d’eau chaude évidemment. On peut se raser une fois par semaine avec l’unique rasoir qui circule entre les détenus.

Malgré ces conditions difficiles, ils disent que ça pourrait être pire. Une résignation active. Ils s’adaptent, s’organisent. Des concessions, mais pas trop. Faire en sorte que ça se passe le
mieux possible, avec une seule idée, une obsession: sortir d’ici au plus vite.
Un gardien arrive et nous informe que la visite est déjà terminée.

Nous repartons sonnés, impressionnés par leur résistance et leur force de caractère. Dans la navette qui nous ramène à l’hôtel, nous alternons les périodes de débriefing et les longs silences. La réalité s’impose : nos visites sont leur seule bouffée d’oxygène. Nous devons revenir les voir coûte que coûte. Et le plus souvent possible.

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Mon nom: François G.

Ma profession: pilote de ligne, en activité, inscrit au registre PN français depuis 1983.

Je connais Bruno depuis ses débuts dans l’aviation d’affaires chez AeroServices Executive, au Bourget, où j’étais employé à l’époque. Nous avons rejoint ensemble la compagnie Air Jet en 2002 où nous sommes restés jusqu’à la cessation d’activité de cette compagnie en 2003.

Nos routes professionnelles se sont alors séparées, mais nous sommes toujours restés en contact.

J’ai passé plus de dix ans dans l’aviation d’affaires, de 1989 à 2002, et pendant cette période, j’ai transporté des hommes politiques, des vedettes, acteurs, artistes, personnalités connues du grand public, homme d’affaires, ou passagers plus anonymes comme des cadres ou employés se déplaçant pour le compte de leur entreprise, j’ai fait des rapatriements sanitaires, ou transporté du fret, dans les limites des rayons d’action des avions sur lesquels je volais à l’époque, à savoir l’Europe (y compris l’Europe de l’Est), le Moyen Orient, l’Afrique.

La très grande diversité des vols effectués, et la très grande variété de la clientèle, ne nous permettent pas de nous intéresser dans le détail à qui ou quoi nous transportons et pourquoi. Ce n’est pas notre rôle, qui est d’abord d’opérer le vol en sécurité, et conformément à la règlementation et aux lois du transport aérien.

Lorsque je prends mon avion en compte pour un vol, je vérifie qu’il est en état de vol d’après les documents de maintenance. Je n’ouvre pas les capots ou trappes de visite pour vérifier le travail de maintenance effectué: je constaterai par la suite le bon –ou non- fonctionnement des équipements, et si un équipement ne fonctionne pas, le vol sera effectué –ou pas- en conformité avec la procédure opérationnelle définie règlementairement avec cet équipement en panne.

Lorsque j’accepte un vol vers une destination quelconque, je m’assure que l’aéroport dispose des services et facilités nécessaires et règlementaires lors de mon arrivée et de mon départ: service du contrôle aérien, services de sécurité incendie, services responsables de l’ouverture de l’aéroport, douane, police, etc… Je ne me substitue pas à eux. Et si l’aéroport n’est pas accessible, si l’un des services nécessaires n’est pas disponible, la destination (ou l’heure d’utilisation) est changée.

A partir du moment où un vol est effectué règlementairement, la loi nous donne un moyen pour refuser l’embarquement d’un passager: si celui-ci présente un risque pour la sécurité (passager en état d’ébriété, par exemple). Un passager avec des bagages embarqués conformément aux procédures présente-t-il un risque du fait du nombre de bagages transportés? J’aurais refusé beaucoup de passagers si j’avais dû me baser sur le nombre, le poids, ou le volume des bagages que j’ai transportés… Et je n’aurai pas fait une longue carrière si j’avais vérifié le contenu de chaque valise.

Et si quelque chose m’apparait anormal ou suspect lors d’un vol, je le signale au service approprié: service commercial, direction opérationnelle, ou responsable sécurité, ou autres, selon le cas. A eux ensuite de prendre les mesures adaptées: filtrage renforcé du ou des passagers, travail en collaboration avec l’autorité concernée (douane, police) dans une enquête éventuelle, mesures correctives pour éviter un renouvellement de l’évènement. Encore une fois, je n’ai pas à me substituer aux gens ou services compétents dans un domaine qui n’est pas le mien.

Parce que nous avons travaillé ensemble, dans des circonstances semblables, je ne doute pas un instant que Bruno et son collègue aient agi selon ces mêmes principes qui sont une des bases de notre métier.

J’aurais très bien pu être à leur place, et je me sens profondément concerné par ce qu’ils subissent.

François G.

29 Responses to “Témoignages”

  1. Jean-Claude Bois

    Tout mon soutien à Bruno ,Pascal et bien sur leurs familles.
    Qu’attend notre gouvernement pour débloquer les rouages de ce drame Kafkaien?

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  2. Isabelle FAURET FAURET

    Merci monsieur jb Berger pour ce témoignage bouleversant, je vous suggère de le distribuer dans les aéroports pour convaincre encore plus de pilotes qui comme vous ne connaissent pas Pascal et Bruno, merci de votre geste (aller voir 2 2 inconnus en prison) , vous avez je pense ,un autre point commun avec eux, vous devez être une belle personne.

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  3. Prost Christian

    Bonjour,….
    Tous les mercredi sur Antenne 2 pour pas la nommer,…. les journalistes des Journaux télévisés, rappellent en fin d’édition, la liste des Français otages, captifs des groupes religieux en Afrique…
    Ils seraient judicieux et normal que l’on rajoutât à cette liste Bruno et Pascal prisonniers d’une République bananière et abandonnés par une République timorée, pleutre…….
    Pensées et amitiés à vous Bruno et Pascal et à vos familles respectives…
    Christian – 13500 Carro

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  4. Bissol Alain

    J’ai eu Pascal comme moniteur à la 59S et je l’ai croisé souvent ensuite. Je ne comprends pas comment un modèle de rigueur et de professionnalisme peut se retrouver dans une telle situation. Pourquoi nos “politiques” tardent-ils autant pour agir ? Pascal et Bruno ne sont-ils pas des otages ?
    Je souhaite beaucoup de courage à tous leurs proches en espérant un heureux dénouement très rapide !
    Sincèrement,

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  5. ARNAUD de CAZARRE

    Je souhaite que leur innocence soit reconnue par la justice dominicaine et qu’ils rentent sans délai en France.
    Un lointain cousin de Marseille

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  6. je suis de tous coeur avec vous, je ne comprend pas ce qui vous arrive, et j’espère avoir de bonne nouvelles concernant votre retour en france.
    je vous souhaite beaucoup de courage, et de patience ainsi qu’à vos épouses recpectives car j’imagine leurs engoisses ainsi que l’engoisses de vos enfants.
    Amitiés d’un èleves pilotes d’hélicoptère

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  7. Thierry

    Tout mon soutien à Bruno et Pascal.
    Je suis de tout coeur avec vous et je forme des voeux pour que vous rentriez rapidement auprès des vôtres.

    Nous étions ensemble à Tours avec Bruno,Fred Nottin et JM Sirac, moi mécano et eux pilotes dans le même escadron. Et si ça fait des années on oublie pas pour autant les copains de notre grande famille.

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  8. chuck

    Ancien de la Chasse et ayant été moniteur avec bruno, je n’ai aucun doute de son intégrité ainsi que celle de pascal que j’ai côtoyé a Landi lors de mes nombreux échanges (la 12 de Cambrai..)
    Courage mes amis,tenez bon!
    chuck.

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  9. michel

    moi je suis pilote privé et je donne mon soutien a ces 2 pilotes par solidarité , je pense que la grande famille des pilotes devrai réagir contre certaines pratiques de ces pays , pour le moins mafieuses , les politicien français prompt a aller au chevet de n importe quelle cause pourrait aussi réagir vis a vis de leur homologues de la république dominicaine et faire pression pour que la justice , la vraie passe.

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  10. Bonjour,
    Nous venons de voir le reportage sur la détention de Pascal et Bruno. Je ne connaissais pas leur histoire et celle ci m’a profondément touchée. Nous souhaitons de tout coeur qu’enfin ils puissent etre entendus pas un tribunal et que leur libération se fera dans la foulée. Nous leur souhaitons ainsi qu’a leur famille : Courage et détermination. Nous serons ravis de pouvoir rallier leur comité de soutien.
    Bonne chance et au bout il y aura enfin la libération de ces deux hommes dont j’admire le courage et la force

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  11. Toute la famille du Lot est avec vous deux Nous pensons très fort à vous et à vos familles
    Tenez bon

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  12. Frederic ALPINO

    Merci pour ce témoignage, Jean Michel. Je viens de le découvrir en même temps que j’apprends un énième report d’audience, marquant un peu plus l’incohérence de la situation, et l’injustice dont ils sont victimes…

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  13. ichas

    Courage Pascal et Bruno!!!! C’est scandaleux que votre histoire ne soit pas réglée, elle aurait du l’être bien plus vite. Je vous souhaite beaucoup de courage et de force pour le jugement qui arrive, en espérant que ce soit un heureux dénouement.
    Je pense à vos familles et ce qu’elles endurent!!
    Je pense plus particulièrement à toi Bruno, pour le souvenir que tu m’as laissé quand nous étions au 2/4 (et pour un fameux reportage quand tu étais à Tours)…
    Bon courage, je suis de tout cœur avec vous…
    Yves “Ichou”

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  14. Jean-Michel & Patricia Coureau

    Cher Bruno,
    En ces moments difficiles pour toi et Pascal, nous tenons à vous témoigner de tout notre soutien.
    Nous te connaissons depuis longtemps, nous t’avons choisi comme parrain de notre fille et nous n’avons jamais douté de ton honnêteté et intégrité. Malheureusement là-bas les choses sont plus compliquées. Merci à tes collègues de l’association, avec leurs actions ils sont les plus compétents pour vous sortir de là.
    Ici, on parle régulièrement de vous, de votre injuste détention. A tous les deux, restez forts, bon courage, nous ne vous oublions pas, grosses bises à toi Bruno.

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  15. PIHANFAURET Nathalie

    Un énorme Merci à tous les deux pour cette restitution de votre visite à mon frère Pascal et à Bruno. Vos témoignages sont précieux pour toute notre famille et pour moi en particulier qui n’ai pu, jusque là, aller lui rendre visite (en espérant qu’après l’audience du 10, cela ne sera plus nécessaire!) et bien entendu pour notre mère qui désespère de voir rentrer son fils. Avec toute notre reconnaissance, Nathalie Pihan-Fauret

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  16. Isabelle FAURET FAURET

    Merci pour ce commentaire.nous manquions de témoignages recents. Il semblerait que les conditions ” d accueil” se soient améliorées. Je suis allée les voir debut juillet et je peux vous confirmer que le cote agreable des “hotesses” nous a un peu échappé. Croisons les doigts pour que ce soit un bon signe. Merci encore a vous. Isabelle FAURET( soeur de Pascal)

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  17. SEIGNEURET

    Bonjour à tous,
    PNC et Instructeur à l’aéroclub où Bruno est inscrit, je viens de comprendre ce qui lui arrive. Je l’ai lâché sur les DR400 du club ; lui qui a tant d’expérience et qui est largement plus expérimenté que moi. C’est terrible et je me sens impuissante: je voudrais trouver le moyen de l’aider: me joindre au comité de soutient , lui rendre visite, passer un message pour lui dire combien nous pensons à lui et à son collègue, l’aider à tenir en attendant la fin de leur cauchemar!…Mes pensées vont vers lui et sa famille, vers sa femme que j’ai croisé quelquefois..Corinne Seigneuret

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  18. Mais organisons une manif devant l’Elysée ! dérangeons, faisons du bruit, nous sommes minotaires dans le monde de l’aéronautique, une pétition c’est un bout de papier qui souvent ne sert pas à grand chose. Il n’est pas normal que des Français présumés mais non déclarés coupables attendent des mois que l’on prouve leur innocence (ou leur responsabilité) dans une prison étrangère. On protège des crapules en France, on les libère alors qu’ils sont souvent récividistes (suffit de regarder les infos…), et là on se retrouve avec deux CdB qui n’ont pas de responsabilité dans l’ouverture des bagages et donc dans leur contenu et ils sont au cachot depuis six mois… et le temps file ! c ‘est un petit bout de leur vie qu’on leur retire !
    Dans le cas similaire des CdB d’Air France qui ont ramené 30 valises de cocaïne dans leur soute qui n’appartiennent à personne (question sûreté chapeau ! va falloir réviser les critères d’embauche du personnel sol un peu partout dans le monde non ? car les bombes cela se cachent dans des valises également … !), ils ont dormi où ces pilotes ? au cachot ou dans leur lit ? dans leur lit et c’est normal, ils sont rentrés chez eux.
    Le cas des pilotes en République Dominicaine est le même.
    Que notre président prennent des vitamines et passe au delà des blablas des avocats divers. Il est vrai que le loueur de l’appareil est une fripouille qui trafique de la drogue ? et bien en prison, avec grosse amende pour aider l’Etat français. Si après enquête ils détectent que les pilotes savaient ce qu’ils transportaient, retour au cachot OK, mais dans le cas contraire, au moins ils seront chez eux. Présomption d’innocence !
    Faisons bouger l’Etat français autrement qu’en faisant des courbettes ! la France et la République Dominicaine, franchement ! pot de fer contre pot de terre, c’est pitoyable ! c’est le mauvais pot qui dicte son jeu. Donnons nous une date et allons manifester ! que notre président joue son rôle et ramène dans son avion privé nos deux pilotes ! il est incroyable de constater que des contribuables français soient ainsi maltraités alors qu’ils ne sont déclarés que présumés coupables et pas déclarés coupables.
    La meilleure façon d’agir c’est, comme d’habitude, de faire du bruit et contraindre nos fonctionnaires à faire leur travail, sinon dans deux ans on y est toujours.

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  19. Francky

    Courage à vous 2 et à vos familles; Vous avez déjà démontré votre courage dans le passé. Nous sommes tellement nombreux à penser à vous que toutes ces énergies positives viendront à bout de cette terrible et stupide injustice. Ma famille et moi même pensons le plus souvent possible à vous et vos proches. Courage il y aura une issue positive.
    Francky

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  20. Dewavrin

    Je suis un ancien CDB FA50 de DARTA. Ce qui arrive à Pascal et Bruno aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous et je suis bien content d’avoir arrêté. Comment les pilotes pourraient vérifier eux même les bagages des passagers tout en respectant les horaires de décollage. Il est toujours très difficile de concilier courtoisie et méfiance, alors on fait confiance aux autorités aéroportuaire tout en sachant que dans certains pays… Bref je vous envoie tout mon courage, ne soyez pas honteux, personne ne doute de votre innocence. J’ai honte que la France ne fasse rien : arrêtons toute liaison aérienne avec ce pays, ils vivent du tourisme…

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  21. paolinib

    Les lettres de Bruno et Pascal sont vraiment boulversantes et il faut absolument continuer à les soutenir.
    C’est comme dans un mauvais film on a du mal à y croire surtout quand cela touche des personnes que l’on connait…Je pense aussi fort à Nathalie mon amie qui se débat seule (bien qu’entourée de beaucoup d’Autranais) pour continuer à vivre malgré tout. Je connais sa force et son endurance.
    Il faut rien lâcher, il faut y croire, ils reviendrons j’en suis certaine.

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  22. faure

    Bonjour, grand merci pour le compte rendu de la visite, à sa lecture j’ai eu la gorge serrée et l’impression d’être avec vous.
    Courage et restons mobilisés.

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  23. Guillot-Laromiguière Christiane

    Ce matin en revenant de ma boîte aux lettres j’ai ouvert une enveloppe avec au dos le nom de l’expéditeur : Bruno Odos……Autrens….j’ai cru une seconde que Bruno était rentré à la maison….ayant été absente quelques jours , j’en étais toute heureuse….mais lorsque j’ai vu en haut à droite de la feuille..Higuey j’ai compris que Bruno m’écrivait cette lettre de la prison…j’étais très émue….Bruno me redit que de près ou de loin ils n’y sont pour rien et qu’ils sont détenus illégalement…..et contrairement à certaine personne quand un de mes amis me dit être innocent je le crois…..même s’il ne me le dit pas d’ailleurs……mais bien sûr il faut avoir des AMIS des vrais….la dernière phrase de sa lettre est :
    “Continuez à lutter, c’est notre seul espoir….nous on tiendra”
    Nous continuons …

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  24. TOSI PIERRE ANTOINE

    Comment peut on laisser de telles choses durer dans le temps sans pour cela intervenir !,

    Comment des soldats qui se sont battus pour nos valeurs et pour leur pays sont ils délaissés par ce dernier?

    Je pense à tous leurs proches et suis de tout cœur avec eux.

    Pierre Antoine

    eir bt tzlle&

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  25. sebastien G

    Cela fait 20 ans que je vole, aujourd hui en aviation d’affaire (depuis quelques années déja!)
    Quand je mets dans la balance ce qui me fait faire ce merveilleux metier et ce qui me pese egalement dans ce metier, et bien je pense sincérement m’arreter de voler professionnelement pour passer à autre de chose de plus tranquille.
    Pilote est un metier qui demande une telle implication qu’il est interessant de se demander si l’enjeu en vaut toujours la chandelle:
    une vie de famille(trop) souvent au second plan
    une licence qui n’est jamais vraiment acquise
    des salaires parfois tres faibles surtout au regard de la responsabilité du metier
    des decouchés…
    des mises en place…
    la tendance à devoir tout accepter (surtout en aviation d’affaire)
    j’en passe et des meilleurs,
    Alors quand 2 collegues dont on à aucun doute sur leur innocence se retrouve dans une telle situation je me demande des fois si ca vaut pas la peine finalement de faire aussi autre de chose dans la vie que de piloter des avions même quand c’est une passion (Passion n’est pas raison!)
    je leur souhaite d’être vite remis en liberté.
    SG

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  26. Christophe Juin

    Je ne connais aucun de vous deux, par contre , il y a quelques années j’ai fais le même métier que vous au Bourget . Cela suffit à me rapprocher de vous et me sentir concerné par le cauchemar que vous vivez .
    Tous ceux qui sont passés par l’aviation d’affaires savent que nous ne savions pas tout. et pour autant en sommes nous responsables ?
    Tenez bon .

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  27. Pauline

    Actuellement en france (var), je vis la plupart du temps en Rep Dom à Santiago. Je repars prochainement ; si je peux venir en aide aux familles de quelque manière que ce soit, n’hésitez pas à me contacter. Ce qui leur arrive est honteux, je leur souhaite beaucoup de courage, ainsi qu’à leurs familles.

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  28. lacraberie christophe

    Il est tout simplement scandaleux que ces deux pilotes soient toujours incarcérés. Honte à la justice dominicaine…

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