Le mot de Pascal

Samedi 21 juin, 18h30, Bruno et moi passons la porte de l’enceinte carcérale d’ Annamuya, libres, enfin presque libres…

Sensation bizarre pour laquelle je ne pense pas jamais pouvoir trouver le qualificatif adapté. Abasourdi, je laisse derrière une partie de moi et me demande comment m’accommoder du peu de vaillance qu’il me reste. La perspective d’avoir a rester sur cette île pour un temps que je ne mesure pas, vient grandement contrarier la jouissance de l’instant. Ce n’est pas du tout le sentiment attendu, mais il me faut reconnaitre que depuis quinze mois, j’ai du mal a positiver…

Cinq jours après, nous sommes toujours en errance et en dépit de l’aide que localement nous recevons, la même oppression demeure. Je fais de grands efforts pour rester bon compagnon, mais je vois bien dans l’œil de Bruno que le résultat n’est pas souvent là !

Puis, une première visite ; notre ami JP accompagné de deux de ses collègues, nous prennent en main le temps d’une soirée. On vide un peu notre sac, quelques verres aussi, et repartons gravement requinqués.

Apres moult tergiversations, nous convenons enfin de l’endroit le plus adapté pour tenter de s’y fixer.

1er juillet, Eureka, nous trouvons la perle, notre futur nid. Nous nous y installerons le 8 juillet car le logement n’est pas encore libre. Du coup nous profitons de la fin de l’après-midi pour, et c’est une première, de la plage et de la mer, mais cela a quand même un goût étrange qui n’est pas du qu’à la salinité de l’eau.

En ce début de mois, nous attendons impatients, deux autres visites d’amis pilotes AF, l’un encore a ce jour collègue inconnu s’est fort gentiment et spontanément proposé, l’autre, G… ami de longue date, saint parmi les saints, est déjà venu nous réconforter au moins trois fois. Ces fréquentes rotations, toutes ces visites qu’elles rendent possibles, toute cette aide disponible, toute cette solidarité corporative sont vraiment une bénédiction.

Jeudi 3 juillet, j’ai aujourd’hui suffisamment de “jus” et de moral pour écrire ces mots et après ces quelques nouvelles aborder le cœur de mon message.

Il y a longtemps, Maman m’a apprit a dire “Merci” quand je recevais quelque chose. Mais comme tout un chacun, j’imagine, je n’ai jamais vraiment apprécié être trop redevable, aussi je me suis appliqué a l’éviter autant que possible. Les plus beaux cadeaux m’ont souvent mis assez mal a mon aise.

Ceux qui me connaisse savent aussi que je ne suis pas de nature très loquace. Un petit coté “ours” quoi ! Effectivement, dans la vie de tous les jours, en amitié ou en amour, je suis plutôt sensible au langage non parlé et il est un peu tard pour que je change…

Mais aujourd’hui, compte tenu de votre nombre et du support électronique de ce message, il ne m’est pas possible de simplement vous serrer dans mes bras, donc tant pis, je me lance : vous toutes et tous qui nous avez, Bruno et moi, aide, écris, téléphoné, visité ou soutenu par le geste , par l’esprit ou de toute manière que ce soit, vous sans qui et sans nul doute, nous serions toujours enfermés, je tiens a vous exprimer toute ma reconnaissance.

Finalement, n’ayant rien trouvé de mieux, je vous le dit le plus simplement et néanmoins le plus profondément possible : MERCI.

Pascal

 

Le mot de Bruno

Veron R. D.

Le 7 juillet 2014

Bonjour.

Ces quelques jours qui nous séparent de notre quotidien de ces quinze derniers mois entre les quatre murs pisseux du bloc de haute sécurité de la prison d’Higuey , ne nous avaient pas encore vraiment permis de nous poser, Pascal et moi.

En prenant tout ce temps avant de vous écrire pour tenter de vous remercier toutes et tous, j’ai réalisé combien c’était encore difficile pour moi de le faire sans être sûr de le faire bien.
Essayer de vous remercier.
Essayer.

De ce que j’en sais, pour vous, tout a commencé avec l’annonce d’une arrestation, d’un “coup de chalut” sur l aéroport de Punta Cana, une vidéo et un titre évocateur qui ne laissaient que peu de place à la présomption d’innocence…
Pour nous, Pascal et moi, les cachots craceux de la DNCD (Direction Nationale du Controle de Drogue) à santo Domingo, puis quinze jours et un “coup de marteau” du juge des libertes plus tard… La prison d’Annamuya pour un an.

UN AN…

Prive de liberte pour un an !

Assommé debout…

La prison.
La prison c’est perdre inexorablement ses droits à la défense puis la force de sa révolte…
La prison, pour moi, a ceci de paradoxal :
Il faut y être dur et accepter en même temps de s’y soumettre puisqu’il n y a pas de choix autre…
Pour moi c’est donc comme lutter pour ne pas lutter…
Au quotidien c’est trouver la capacité à s’abandonner tout en contenant une infinie tristesse à sentir ce temps perdu s’échapper pour rien,c’est transformer l’appétit de vivre et l’envie de se battre pour retrouver l’air libre en un quotidien insipide et éternellement le même, jour apres jour…
Eternellement, c’est pour ceux qui ne décomptent pas les jours qui les separent de la liberte, ou d’une fin de peine, éternellement c’est pour ceux, qui comme nous, ne savent pas et n’espèrent plus.

C’est ce rythme lent et morbide qui m’engourdit encore aujourd hui.

Mais il y a eu le comité de soutien, il y a eu vos visites, vos mots d’encouragement, vos actions au quotidien, de la plus modeste à la plus engagée toujours pour nous, toujours avec nous.

Toute cette belle énergie dont on ne mesurait pas la puissance … mais qui, pour moi il n y a pas de doute, nous a sorti de ce cimetière pour vivants.

Merci à vous.

Pourtant, ce n’est pas terminé.
J’ai quitté la prison mais je ne suis pas un homme libre.

Je vais me battre pour l’être à nouveau et retrouver mon pays, ma famille, mes amis.

Vous retrouver.

Bruno.


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EUROPE1 – 26/06/2014

“Air Cocaïne” : “Quinze jours dans un cachot comme dans Midnight Express”

SOURCE : EUROPE1

INTERVIEW E1 - Les deux pilotes, récemment libérés, racontent leur détention en République dominicaine, pour une affaire de trafic de cocaïne dans laquelle ils clament leur innocence.

L’INTERVIEW. Ils ont retrouvé un début de liberté il y a dix jours. Les deux pilotes français, Pascal Fauret et Bruno Odos, soupçonnés de trafic de cocaïne en République dominicaine, expliquent à Europe 1 leur soulagement de “pouvoir marcher que je le veux, me lever, me coucher quand je le veux”, selon les mots de Pascal Fauret.


Odos : “Je ne suis pas le même homme qu’avant” par Europe1fr

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Le 19 avril 2014 a eu lieu à Lyon la Manifestation de soutien à Pascal et Bruno

 

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A la une

A L’AIR LIBRE – FRANCE 2 – 29/06/2014

A L'AIR LIBRE - FRANCE 2 - 29/06/2014

Des milliers de pages d’instruction, quarante personnes mises en cause : l’affaire de Punta Cana a fait la une. Les deux pilotes français et le passager Nicolas Pisapia confient leur version des faits. Tout a commencé le 20 mars 2013, la police anti-stupéfiants de la République Dominicaine découvre 680 kilos de cocaïne dans un Falcon sur le tarmac de l’aéroport de Punta Cana.

RTL, le 18 juin 2014

“Air cocaïne” : quatre français accusés relâchés

Les deux pilotes français qui avaient été arrêtés en mars 2013 après la découverte de près de 700 kg de cocaïne à bord de leur appareil ont été remis en liberté. Le passager et le membre d’équipage sont également libres. Leur procès doit se dérouler prochainement.

En 2013, l’affaire avait attiré l’attention : 680 kg de cocaïne retrouvés à bord d’un jet appartenant à l’homme d’affaires Alain Afflelou, à Punta Cana, en République dominicaine. Mais si le Falcon 50 appartient bien au célèbre opticien, celui-ci a expliqué qu’il n’avait rien à voir avec l’affaire, l’appareil étant loué à une société à ce moment-là. Les deux pilotes français de l’avion, en revanche, ont immédiatement été arrêtés par la police, avec deux autres Français.